La geste du peuple. La société rurale corse dans la documentation criminelle Génoise XVIe-XVIIIe siècles – Antoine-Marie GRAZIANI - Ed Alain Piazzola
Dans ce bel ouvrage, l’historien Antoine-Marie Graziani nous narre une étude sociologique de la Corse du XVIe au XVIIIe siècles, à partir d’un angle d’approche original : la criminalité. A la fois étude scientifique et récit, l’œuvre révèle les multiples compétences et talents de l’auteur. La faiblesse de l’administration génoise en Corse, notamment dans l’exercice de la justice, va parfois faire du crime, non une atteinte à l’ordre, mais un élément structurant de la société, lorsque son mobile traduit les valeurs de celle-ci. L’honneur, tel que celle-ci le conçoit, s’affirme comme véritable valeur qui devient transmissible au sein des familles et qui s’affirme comme instrument de pouvoir. Il justifie que l’on tue et oblige parfois même à tuer. Les offenses ainsi que leurs réparations doivent être ostentatoires, ce qui le rend normatif. La société corse est articulée autour de trois groupes : la famille, la parenté, le parti dans laquelle existe véritablement une interaction entre les élites et le peuple et la notabilité permet à Gênes de pallier ses carences dans le domaine de la justice. L’étude de documents inédits du fonds criminel génois fait de ce livre une étude scientifique d’une rigueur remarquable. Mais il est bien plus que cela. Le décryptage de ces affaires criminelles est un récit passionnant dont le peuple tout entier est le héros, d’où le titre : « La geste du peuple ».
Namaria LUCIANI