Placée sous le patronage de Jean Claude Franceschi, maire de la commune, de Jocelyne Casta, présidente de l’association du Prix du Jury du Livre Corse, cette cérémonie a accueilli  un abondant public.

Dans la catégorie fiction en langue française,  Le Roman National, ouvrage de Marc Biancarelli paru aux éditions  Actes Sud a été distingué. Accueillant l’auteur, Janine Vittori a souligné la grande valeur littéraire de cet ouvrage imprégné des épisodes de l’histoire de Corse au temps de Sampieru, et parlé d’une « anti-épopée » (qui) « met en lumière ceux que la légende laisse dans l’ombre ». Elle rajoute de façon très pertinente que "Dans Roman National, Marc Biancarelli conjugue la force du récit à la profondeur d'une réflexion sur l'Histoire"..

Marie-Claude Luciani et Alain Di Meglio ont introduit Marceddu Jureczek pour  U pesu di u mondu, ouvrage en langue corse (Editions Albiana) en soulignant que ce roman illustrait brillamment la dimension littéraire de la langue corse : « U pesu di u mondu, puru s’ellu si gode un bellu scenariu di finzione nera, rimanda quantunqua à u filu filosoficu di u maestru Rinatu Coti : pensà vole di etimulogicamente « pisà nantu à u mondu » ».

Dans la catégorie « essai », le prix a été décerné à Laetitia De Witt, pour sa biographie de Letizia Bonaparte produite aux éditions Tallandier. Observons l’originalité de la démarche soulignée par Philippe Colombani. L’auteur, issue en descendance directe de Jérôme, frère de Napoléon,  parle de son aïeule, Letizia Ramolino, leur mère : « Le livre en plus d’une biographie historique est aussi un dialogue de femmes entre deux Laëtitia qui se répondent à travers les époques sur la maternité, la famille, le pouvoir, le rôle politique et historique de la femme comme individualité agissante ».

Pascale Antonetti, Sampieru Mari ont salué le premier manga écrit en langue corse par Ghjuvà Lucchinacci et Stefanu Conca, honorés dans la catégorie Ghjuventu. Sognus Mortalis, publié par les éditions Le parti des oiseaux, assume l’exploration du genre dans toute sa souplesse : « Stu libru è i so criatori riescenu à purtà u lettore fora di e pagine sciappendu ancu u quartu muru à un mumentu di a stroria incù l’integrazione d’una dimenzione sunora è numerica ».

Dans la catégorie Beaux Livres, le prix échoit à Alain Gauthier pour Sources thermales et minérales de Corse (Editions Albiana). En accueillant l’auteur, Marie-Pierre Marchini fait justement remarquer combien c’est « un ouvrage total, un « beau livre » dont la facture esthétique, servie par la maquette magique de Valérie Biancarelli, sollicite l’imaginaire du lecteur, le regard, dans une foison de documents (…). Voilà un « grand livre » qui parle d’une anthropologie discrète, celle de la rencontre de l’homme avec le règne minéral, où se joue sa survie ».

Dans cette même catégorie, une Mention spéciale vient récompenser Ernaghji-Arnaghji- Les ruchers traditionnels corses. Un travail de recherche mené par Jean Louis Santini dont Dominique Orsoni salue un « ouvrage superbement illustré de photos issues de ses investigations sur le terrain, (…) (il) offre au lecteur la plaisir de la découverte d’une pratique apicole disparue au début du XX° siècle et dont la mémoire collective a gardé peu de traces, celle d’élever des ruches dans le bâti, particulièrement dans le Cismonte, où le terme ernaghju (…) est resté pour désigner certains d’entre eux, tel l’Ernaghju de Venacu. ».

Notons que ces présentations donnèrent lieu à des échanges sensibles où chaque récipiendaire faisant part de son émotion livra quelques secrets sur les démarches et les pratiques d’écritures qui accouchèrent de ces belles œuvres. Ainsi, Marc Biancarelli prit soin de rappeler que son Roman National s’accouple avec un autre livre Contes cruels et merveilleux, paru simultanément chez le même éditeur. Marceddu Jureczek évoqua le poids de cet activité de création littéraire sur son entourage familial. Jean Louis Santini parla des informateurs qui, croisés au fil d’une quinzaine d’années de recherches, l’aidèrent à construire son livre tandis qu’Alain Gauthier reconnut que son enquête au long cours ne put prendre forme livresque que dans un dialogue bienveillant avec son éditeur, avec la maquettiste Valérie Biancarelli. Quant à Ghjuvà Lucchinacci il défendit l’idée d’un travail en duo, Stefanu Conca se livrant non à une traduction de son scenario mais à une interprétation du texte original.

Ce premier temps littéraire s’acheva autour d’un grand buffet offert par la municipalité d’Aleria. Sur la place jouxtant l’ancienne demeure des Matra, des groupes se formèrent spontanément et s’éparpillèrent ainsi bien des discussions littéraires…

En début d’après midi, Anne Lise Marielli conduisit les invités à travers les couloirs et salles d’exposition du musée pour une présentation très maîtrisée. Entre des informations détaillées, notamment sur le monde étrusque, et des commentaires toujours très avisés, la guide proposa un parcours pédagogique au terme duquel chacun put prendre la mesure de l’influence des diverses civilisations qui se succédèrent sur le site d’Aleria.

Ce fut une parfaite introduction aux deux conférences qui suivirent en l’église San Marcellu. Une première intervention de Bernard Pantalacci sur « Etang de Diana, passé et avenir… » livra l’expérience d’un homme engagé dans son métier de conchyliculteur et scientifiquement très informé à la fois d’un point de vue historique, du point de vue de la biologie et de la physiologie des coquillages, en particulier de l’huitre, sur l’écosystème de l’étang,…Un exposé dense qui n’élude pas les problématiques du réchauffement climatique et leurs conséquences sur l’économie de la conchyliculture.

Sampieru Mari, quant à lui, conduisit le public nombreux vers la sociabilité étrusque à travers « Le banquet étrusque, origine et déroulement ». Un voyage ludique et très documenté, orienté par le dialogue entre le présent et le passé, où le conférencier cherche à repérer dans les pratiques de la convivialité étrusque celles qui se prolongent dans notre présent insulaire. Il achève son exposé par une présentation concrète à déguster des libations élaborées par les étrusques : du bon vin d’Aleria, élevé en amphores, du sel, du miel, du fromage mêlé à la boisson….

Une belle  étape littéraire à Aleria, une clé pour comprendre notre île….